Janvier 2016 – Accueil des demandeurs d’asile kurdes irakiens du Renouveau

5 janvier 2016

La presse annonce l’arrivée de 30 migrants au villages-vacances du Renouveau à Fouesnant, pour le lendemain matin.
L’après-midi même, une délégation d’une petite dizaine de membres d’un mouvement nationaliste breton d’extrême-droite manifeste devant la mairie pour contester leur venue.

6 janvier

Au petit matin les réfugiés sont là,  29 au début, majoritairement des kurdes irakiens.

L’après-midi, une quarantaine de personnes du Front National manifestent devant la mairie. Ils sont reçus par le maire.
Face à eux, une quarantaine de personnes du collectif Fraternité de Douarnenez est également présente, en contre-manifestation.

Dans la nuit du 6 au 7, un grand nombre de tracts islamophobes sont collés un peu partout dans Fouesnant, et aux alentours.

Nous sommes alors juste une poignée de Fouesnantais souhaitant exprimer notre solidarité, nous contactons la fondation Massé-Trévidy (en charge du suivi administratif, la mise en place des demande d’asile) pour lui proposer notre aide, à minima des cours de français. La fondation nous informe qu’elle a aussi des besoins ponctuels en transport pour des aller-retour vers l’hôpital de Quimper.

 

17 janvier 2016

Nous apprenons que la mairie reçoit beaucoup d’appels téléphoniques d’insultes, ainsi que la Fondation. Nous décidons d’organiser une manifestation de soutien aux réfugiés. Ce jour-là, nous distribuons des formulaires à remplir pour connaître les propositions d’aide/ de dons des manifestants.

Près de 400 personnes manifestent pour soutenir les migrants kurdes.
Près de 400 personnes sont venues, outre les Fouesnantais, plusieurs associations du Finistère : Ligue des Droits de l’Homme de Quimper, de Crozon, Fraternité Douarnenez, Kevre Breizh, Cent pour un toit, Rainbow Brest, et d’autres. Nous sommes aussi en lien étroit avec le Secours Populaire Fouesnantais, référent pour la collecte des dons.

135 personnes se proposent pour apporter une aide concrète.
Le collectif citoyen se concrétise donc à ce moment là.

 

Ce qui a été mis en place

Il serait trop long de détailler tout ce qui a été mis en place.  Mais en résumé, nous avons essayé de mettre en place un vrai partenariat avec la Fondation Massé-Trévidy. Le but n’était pas de se substituer à eux, mais d’apporter un soutien logistique sur tout ce qu’ils ne pouvaient pas faire. Nous ne prenions aucune initiative sans les en informer. Dès qu’il y avait un besoin, la Fondation nous en informait, et nous faisions suivre la demande aux 135 personnes volontaires. Notre but était donc d’apporter une aide matérielle, mais nous avons rapidement aussi ressenti le besoin d’aller un peu plus loin et d’accompagner les réfugiés dans l’interculturel et l’intégration. Donc une fois les aides d’urgence mises en place, nous avons aussi essayé de leur faire découvrir la culture bretonne et française, tout en nous intéressant aussi à leur culture kurde. Ci-dessous une liste, pas exhaustive, de certaines choses que nous avons mises en place :
– cours de français tous les jours de la semaine
– transports réguliers vers le centre ville de Fouesnant (courses).
– transport entre le Renouveau et l’hôpital de Quimper
– très nombreux appels au don au fur et à mesure du séjour : collectes pour récupérer du linge, des vélos, des télés, vêtements, jouets, tapis, etc.
– des médecins, dentistes, infirmières, pédicure se sont proposés pour leur assurer des soins gratuitement, ponctuellement.
– Une des réfugiées a accouché à Quimper d’un petit garçon, ce sont des membres du collectif qui se sont occupé de l’accompagner, d’être présent avec elle pour son accouchement, puis pour la suite à l’hôpital, nous lui avons constitué un trousseau, etc.
– pique-nique sur la plage avec bénévoles et réfugiés
– goûter dans une salle du Renouveau, en faisant venir un joueur de biniou et des danseurs bretons, ce qui a permis de partager avec eux autour des danses bretonnes et kurdes, très similaires.
– visite de Concarneau
– de nombreux repas communs chez eux, chez nous… etc.
– plusieurs clubs (échecs) et associations ont aussi spontanément proposé leur aide.

Les enfants étaient scolarisés à l’école de Mousterlin, où ils ont été très bien accueillis.

 

La continuité

Le séjour des réfugiés à Fouesnant n’était que provisoire, le temps d’obtenir une place en Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile. Les personnes sont donc parties par petits groupes, dans différentes villes bretonnes : Quimper, Rennes, Saint-Brieuc, Vitré, Lorient, Brest… Nous continuons de les suivre, de leur apporter notre aide quand nous le pouvons, en nous rendant sur place ou par l’intermédiaire d’association locales avec lesquelles nous faisons un relais.

 

 Et ensuite…

Le collectif qui s’est mis en place pour leur venir en aide était informel, spontané et s’est constitué dans l’urgence. Nous avons ressenti l’envie et le besoin de le faire perdurer, et aussi de l’ouvrir à toutes les formes de solidarité.

 

Article du Télégramme : Migrants : une expérience inoubliable à Fouesnant